Théo in the ℝ
Le vêtement se raconte à travers celui qui le porte










29.03.20

FLEURS DE MARIAGE

Une volonté de raconter une histoire

Si vous avez lu l’article Dialogue France-Bénin, vous avez peut-être remarqué que je n’ai jamais parlé du Wax. En fait, le sujet me paraît si vaste que je préfère lui dédier un article complet !

Le Wax est un tissu emblématique en Afrique, généralement très coloré, à motifs variés et souvent décalés. J’ai adoré observer son défilé constant dans l’espace béninois et je me suis passionnée pour son histoire ! Peut-être que le mieux pour introduire ce tissu si particulier est de commencer par l’exposition Wax Stories, qui s’est déroulée à la fondation Zinsou de Cotonou d'avril 2019 à janvier 2020. Grâce à un guide incroyable, j’ai pu découvrir de nombreux tissus et en apprendre davantage sur leur origine.

Le Wax désignait initialement une technique indonésienne (consistant à appliquer une teinture sur un tissu après y avoir déposé de petites gouttelettes de cire d’abeille pour former un dessin). Lorsque les anglais et les néerlandais arrivèrent en Indonésie et la découvrir, ils décidèrent de l’industrialiser. Mais le rendu industriel ne plut pas vraiment aux Indonésiens… Par la suite, à la fin du XIXème siècle, des soldats ghanéens seraient revenus d’Indonésie avec des Wax industriels hollandais qui auraient suscité beaucoup d’engouement. Je ne développe pas plus, mais le succès du Wax fut grandissant dans de nombreux pays d’Afrique, au point qu’il fait désormais partie intégrante de la culture de ces pays et qu’il incarne l’Afrique à bien des égards.

Ce qui m’a le plus intriguée fut d’apprendre que le Wax n’est pas seulement une parure ! Il s’agit aussi d’un moyen de communication. De nombreux Wax ont un titre (donné à l’origine par les Nana Benz, les femmes qui vendent les tissus au Togo, au Bénin…), inspiré du motif lui-même ou du contexte de sa création et recouvrant de multiples thématiques. D’autres transmettent surtout un message pour qui connait le nom du tissu, et sait l’interpréter !

J’ai toujours considéré que la mode était un langage. Cependant, je suis obligée d’admettre qu’il manque à la mode une composante majeure pour en être réellement un : la capacité d’être décodée par un large panel de personnes. Rares finalement sont les vêtements, et encore plus les tenues (dans la mesure où la combinaison de vêtements peut rendre le discours encore moins lisible) univoques. Ainsi, l’idée d’un langage iconographique autour du Wax me fascine. D’ailleurs, si les symboles et les motifs ont une signification précise, je me demande s’il en est de même pour les couleurs associées aux tissus (puisque chaque Wax, donc chaque motif donné, se décline en général dans une large palette de teintes).

L’exposition de la fondation Zinsou était très bien faite, car après un passage par une salle consacrée aux Wax les plus emblématiques (devenus incontournables, entre autres grâce aux messages communiqués), nous déambulions de pièce en pièce, chacune étant dédiée à un thème spécifique. Cela allait de la cuisine, à la famille et à la vie amoureuse, en passant par la musique, la beauté, la nature… Si cela vous intéresse, vous pouvez d’ailleurs consulter gratuitement le catalogue de l’exposition sur le site de la fondation, afin de découvrir ces multiples motifs (ici) !

Le Wax que je porte sur ces photos s’intitule Fleurs de mariage. Il symbolise le bonheur, et est offert aux futurs mariés (son autre nom est Rolls Royce, car le porter garantirait richesse et réussite à son propriétaire et à sa famille ; en fait, un Wax donné peut avoir plusieurs noms et plusieurs significations, selon le pays dans lequel on se trouve par exemple).

Si le sujet vous intéresse, comme je n'ai pas développé tant que ça, je vous invite à lire l'introduction du catalogue de l'exposition Wax Stories, l'ouvrage Wax & Co (Anne Grosfilley) ou encore visionner le film Wax in the City (Élie Séonnet)





Clothes
Pantalon : tailleur Luc
Body : Topshop
Sac : Monoprix
Chaussures : Dr Martens

Rouge-à-lèvres : Sephora


Bénin, Abomey-Calavi



Si le Wax a un passé très riche, il est surtout porté au présent et au quotidien par un grand nombre de personnes. Lorsqu’on circule en ville, on voit énormément de Wax à chaque instant, notamment car une nuée de mobylettes circule en permanence sur les routes. On assiste à un véritable défilé de tissus ! On retrouve bien sûr des motifs qui à force deviennent familier, mais ce que j’ai trouvé hallucinant, c’est cette impression qu’à chaque moment, on peut découvrir de nouveaux Wax. C’est probablement car des tissus de plusieurs générations coexistent. Bien sûr, le Wax est un véritable objet de mode et, en tant que tel, se renouvelle, mais il est clair que les gens ne se débarrassent pas des textiles de la saison précédente dès lors que de nouveaux arrivent sur le marché et suscitent désir, admiration… D’ailleurs, je ne l’ai pas dit précédemment, mais le Wax est aussi un objet de mémoire. Il est une mémoire des évènements passés, dans la mesure où sa création reflète un certain contexte, et qu’il est transmis au sein d’une famille (elle-même l’accompagnant de son lot d’histoires !).

D’une certaine manière, j’ai la sensation que le Wax a accompagné mon voyage au Bénin. Il était aussi très présent sur les marchés. Le marché Danktopa (ou Tokpa pour les intimes) était le plus fascinant, il y avait des Wax à nous en faire tourner la tête et perdre toute notion du temps. Au marché Danktopa, et dans les petits commerces, les 6 yards (environ 5,5 mètres) de Wax coutent environ 6000 francs CFA (soit 9€, sachant qu’il faut à peu près 2 yard pour faire un pantalon). Cela s’explique par le fait que ces textiles ne sont plus produits selon la tradition indonésienne : ils sont imprimés en Chine… Pour voir de véritables Wax hollandais (puisque ce sont eux qui se sont réappropriés la technique d’origine), il faut se rendre chez Vlisco. Étrangement, et c’est sûrement le décor très luxueux de la boutique qui veut cela (6 yards coûte en moyenne 60 000 francs CFA, soit 10 fois plus que sur le marché), j’ai eu l’impression d’être face à quelque chose de moins authentique.

Je pourrais encore m’étendre sur le sujet, vous l’aurez compris, mais je crois surtout qu’il faudrait que je prenne le temps de comparer le système de la mode au Bénin et en France dans un autre article!


Au cours des prochaines semaines, je vais publier plusieurs articles élaborés autour de tenues incluant des vêtements cousus au Bénin, à partir de Wax que j’ai choisi (surtout à Tokpa mais aussi dans une boutique voisine du quartier où habite ma grand-mère, où j’étais fourrée approximativement tous les soirs). J’ai adoré choisir ces tissus, et je suis d’autant plus ravie que j’entrevois l’univers auquel ils renvoient. Comme si je portais tout un monde sur le dos…


Pour finir, vous pouvez aller voir ICI quelques Wax et leur significations, portés ou non par des personnes en mobylette.
Photos réalisées par mon père




Article précédent :

YELLOW SHOT